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I Wheel Share : Comment l’idée de faire de l’art vous est-elle venue ?

Priscille Deborah : Je peins depuis l’âge de 8 ans. Pour moi, la peinture a toujours été une passion. Auparavant, j’étais vue comme la sécurité financière de la famille avec mon mari et ma fille et c’est ce qui m’empêchait de devenir peintre. Mon père m’a transmis ce don, il a ce coup de crayon qu’il n’a pas forcément exploité. Il peignait à New York dans son atelier qui a finalement brûlé. Je peignais souvent avec mon petit frère avant qu’il ne décède. Nous prenions des cours de peinture ensemble. La peinture est fortement présente dans ma vie depuis toujours. Tout au long de mes études, je continuais à faire de la peinture académique et d’apprentissage avec quelques cours de modèles vivants aux Beaux Arts de Paris. J’ai toujours eu envie d’apprendre plus et ce côté académique ne me convenait plus. J’ai commencé à jouer avec les matières en faisant des choses plus abstraites. L’abstrait me plait plus, je me laisse surmener par la toile, j’aime que la toile m’apprenne quelque chose. En 2002, j’ai rencontré Jean Yves Guionet qui m’a enseigné la démarche artistique que j’utilise encore aujourd’hui. Un mélange d’aléatoire et de techniques qui partent du réel et finalement se laissent porter par sa propre imagination. Il faut presque oublier ce que l’on fait avec le sujet, voir autre chose. On peut dire que c’est de l’art thérapie. Cette passion de l’art vient de loin.

I Wheel Share : Que voulez-vous transmettre aux autres grâce à vos oeuvres ?

Priscille Deborah : C’est avant tout l’humain qui m’intéresse, ensuite les visages et les corps présents sur mes tableaux. Quand je travaille à l’atelier, j’utilise de la peinture à l’huile et je travaille pas mal par différentes étapes sur 6-7 toiles en même temps. Lors des ateliers que je réalise, je peins sans trop réfléchir et je change de tableau toutes les heures environ. Selon mes humeurs, un tableau peut me prendre 6 mois à le réaliser. Il faut aller chercher au delà de l’apparence de la personne que vous rencontrez et révéler l’humain dans son coté obscur et lumineux, c’est un peu mon histoire aussi. Cependant, déjà avant mon accident je peignais des corps irréels. C’est l’énergie du mouvement qui compte vraiment. Lors des représentations que je fais, j’aime retranscrire ce que je vois sur scène. La vie est toujours en mouvement, la force de la tâche et les tensions se croisent, tout est toujours possible.

I Wheel Share : Est-ce que votre accident a donné un nouveau sens à votre vie ? Une nouvelle intensité ?

Priscille Deborah : Les 6 mois qui ont suivi mon accident ont été vraiment difficile avec une période de rejet, de tristesse, de colère. Finalement, c’est grâce à des rencontres fortes que j’ai pu trouver un nouveau sens à ma vie. J’ai réussi à développer une autre personnalité. Avant l’accident, je ne me rendais pas compte de toutes les richesses que j’avais au fond de moi et je me plaignais souvent. Après ce qui m’est arrivé, je me suis dis que tout était possible et que plus rien ne m’était interdit. J’ai enfin pu me lancer à travers mon rêve et ma passion : la peinture. J’ai commencé à exposer de plus en plus mais l’international restait mon but. J’ai eu la chance d’exposer au Danemark, à Berlin, à New York… Avant mon accident, j’avais une image de la femme très séduisante, je faisais même des régimes pour ressembler aux filles des magazines. J’étais une femme effacée et je n’osais pas aller à la rencontre des gens. Depuis, j’ai vraiment changé et j’essaye de toujours transmettre aux gens. Je pense que je ne suis pas restée sur terre par hasard. J’ai réussi à faire ce que je voulais réaliser malgré le handicap, si vous avez un rêve, vous pouvez très bien le réaliser. Après l’accident, j’ai écrit un livre où je raconte mon histoire. Ce livre est pour mes filles, pour moi, pour apporter un véritable message d’espoir aux lecteurs. Je parle de ma tentative de suicide en 2006, j’y explique les sujets tabous du handicap.

I Wheel Share : Comment pouvez-vous qualifier l’accessibilité dans votre ville ? Rencontrez-vous des problèmes liés à l’accessibilité ?

Priscille Deborah : Ça ne fait même pas un an que ma famille et moi sommes arrivées à Albi près de Toulouse. Nous n’avons pas choisi Albi pour l’accessibilité mais nous voulions, mon mari et moi, un lieu avec de l’espace. Nous avons acheté une ancienne discothèque pour en faire un lieu artistique. Nous nous sommes vite aperçus que cette ville n’était pas du tout accessible. Pour dire, l’office de tourisme ne l’est même pas, les places spéciales pour les personnes handicapées ne sont pas respectées, les magasins inaccessibles et les musées impossible à visiter.

Crédit photo : © Caroline Dechamps