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I Wheel Share : Quelle est votre définition et votre vision du handicap ?

Adda Abdelli : Selon moi, le handicap provoque forcément un quotidien différent des personnes valides. Le handicap doit en permanence s’adapter. C’est surtout des choses auxquelles nous n’avons pas accès et que l’on s’interdit de faire. Le handicap fait partie du quotidien.

I Wheel Share : Pourquoi et pour qui avoir voulu écrire votre livre « Comme sur des roulettes »?

Adda Abdelli : Effectivement, mon livre est sorti en Janvier 2017. J’ai eu énormément de bons retours. À la base, j’avais écrit un tas d’anecdotes, forcément un peu drôles, concernant mon handicap. Les choses sont là comme elles sont, j’ai toujours pensé que l’on n’avait pas besoin de souligner notre handicap mais simplement le montrer tel qu’il est. Les gens le voient, c’est un fait, à quoi bon se mettre en avant ou se cacher. Je me moque beaucoup de moi même donc directement de mon handicap. Quand j’ai rencontré Elsa Lafon, directrice éditoriale chez les éditions Michel Lafon, elle m’a dit qu’un livre ne pouvait pas présenter un catalogue d’anecdotes. Elsa m’a demandé de creuser et d’en faire plus. En mettant mes petites histoires dans un ordre chronologique, je me suis rendu compte que finalement, je racontais un peu ma vie. Ça m’a posé problème. Pourquoi raconter sa vie ? Je me suis rappelé qu’à l’âge de 13-14 ans, je pensais qu’en tant que handicapé, je serais lié toute ma vie à ce monde. C’est à dire que j’imaginais travailler dans un centre avec un travail adapté pour personne handicapée. C’est aussi à cet âge là que j’ai découvert le livre de Patrick Segal. C’est un type en fauteuil roulant qui fait le tour du monde malgré son handicap. Ce bouquin m’a fait réaliser que si j’arrivais à entreprendre des choses en tant que handicapé alors tout est finalement possible. Mon livre “Comme sur des roulettes” est destiné à nous tous car on a tous des petits soucis au quotidien, grave ou moins grave. Ce qui nous sauvera c’est de continuer à avancer.

I Wheel Share : Qu’avez-vous découvert sur vous à travers la série «Vestiaires»

Adda Abdelli : C’est plus par rapport aux autres que j’ai découvert l’impact que l’on a sur les gens valides ou non. Les personnes valides nous remercient de leur avoir ouvert les yeux sur le handicap, ils se sentent plus proches des handicapés grâce à l’humour que l’on partage. Pour une fois, nous avons notre place dans les émissions et dans les médias. On est représentés et on représente les gens qui se reconnaissent en nous. La série “Vestiaires” est diffusée à 20h45 sur la deuxième chaîne de télévision Française ! Le minimum d’audience est de 3 millions de personnes qui nous regardent. C’est une révolution et on s’en rendra encore compte dans 10-15 ans je pense. C’est une première mondiale. Il n’existe pas dans le monde une série écrite et jouée par des comédiens et personnes handicapés.

I Wheel Share : Qu’est ce que vous avez envie de dire aux personnes en situation de handicap qui ont des rêves d’aventures comme les vôtres mais qui n’osent pas à cause de leur condition physique?

Adda Abdelli : Il y a plusieurs étapes lorsque l’on devient handicapé. Il est nécessaire de prendre un instant d’acceptation et quelque part un instant de deuil. Il faut accepter le fait qu’il y a des choses qu’on ne peut pas ou plus faire. Cependant, par élimination, il y a des choses qu’on peut faire et qu’on n’ose pas entreprendre. Il faut trouver l’équilibre entre le moment où tu ne fais pas ce que tu veux à cause de l’handicap ou bien parce que tu as peur de te lancer. Si c’est au delà du handicap, il faut foncer et le faire. Il ne faut pas que le handicap gère mes envies, il prend déjà assez de place dans ma vie. Si enfin tu acceptes ton handicap, l’autre viendra plus facilement vers toi. On ne peut pas se reprocher d’être en bonne santé par rapport à ceux qui ne le sont pas. Tu n’as pas à te sentir responsable de ce que tu es et de ce que je suis. Ce n’est pas toujours facile d’accepter ce que l’on est mais comme je le dis toujours, “et si mon handicap était ma force ?”

I Wheel Share : Rencontrez-vous des problèmes liés à l’accessibilité dans votre vie au quotidien ?

Adda Abdelli : Maintenant oui, plus qu’avant, c’est lié à l’âge (rires). Je dois reconnaître que les escaliers sont devenus mes ennemis jurés. Je le vis un peu comme une injustice. Je crois qu’il faudrait désacraliser le mot “accessibilité”. Ce mot a été créé en pensant qu’il était lié uniquement au handicap. Ce n’est pas vrai ! Le tout est lié à la société en elle-même. C’est à dire qu’on est tous égaux devant les mêmes problèmes à un moment de notre vie. Ce qu’on appelle “accessibilité” pour les personnes en situation de handicap est en fait en lien avec toutes les personnes. Je parle essentiellement de l’accessibilité physique mais le handicap n’est pas que vis à vis d’un fauteuil et de béquilles. Et finalement, nous sommes tous condamnés à vivre ensemble alors autant que l’accessibilité soit cool pour tous !