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Anne-Sophie Servantie, écrit, peint et dessine quand Doris Valerio avec 1/100e de vision ré-invente le réel

Quelle est votre définition et votre vision du handicap ?
Doris : les handicapés sont des citoyens comme les autres, point barre. Qui n’est pas handicapé sur cette terre ?
Anne-Sophie : Un humain lambda avec un truc qui marche pas bien, des fois le « truc » est très lourd à gérer,
des fois non. Souvent, ce sont les autres qui l’alourdissent en rajoutant deux marches avant d’accéder à un escalier, ou des petits obstacles quotidiens qui pourraient être simplifier rapidement si c’était « pensé » de façon simple quelque part.

Pouvez-vous nous parler de votre blog « 3 brins d’herbe » ?
Le premier blog bd en audio-description ! On parle d’un peu tout, art, alimentation, livres, notre quotidien nos créations… un peu d’amour dans ce monde de brute. Nous sommes deux aux idées, Anne Sophie dessine et bientôt, nous allons essayer de mettre quelques vidéos sur Doris pour qu’il ai vraiment son mot à dire.

Selon vous, l’art a un pouvoir plus percutant que le texte pour faire bouger les lignes du handicap ?
Oui of course !
Doris : les textes peuvent être de l’art aussi, ça se regroupe.
AS : la seule chose qui est percutant, c’est le cœur et l’amour des gens. L’art touche en profondeur, c’est sa grande force, ça oblige à penser, à voir différemment. S’il y a bien un lien indéfectible entre les gens, c’est l’émotion et l’art vibre tout le temps sur ce tempo.

Avez-vous une situation concrète (cocasse ou non) que vous avez vécu pour illustrer un problème
lié à l’accessibilité dans un lieu public ? 
Doris : j’étais allé dans une boutique de pierres à Paris et ils ont refusés que j’entre avec mon chien guide. Ils m’ont demandé de laisser le chien dans un local à poubelle, ce que j’ai refusé. Le ton est monté, ils m’ont sorti de force du magasin et j’ai appelé la Police. Les policiers m’ont assuré que j’avais raison de porter plainte mais plusieurs mois plus tard, après être passé devant le juge, l’affaire a été classée sans suite. C’est malheureusement courant dans les temps actuels, que les droits des personnes handicapées soient de moins en moins respectées même quand le droit est de leur côté.
Anne Sophie : la dernière histoire qui m’est arrivé n’est pas non plus cocasse. Je l’ai raconté sur le blog et sur facebook où elle a fait un buzz mais plusieurs semaines plus tard, il n’y a toujours aucune sonnette devant le portail de la Police Municipale. «  Je suis sortie en fauteuil roulant électrique pour déposer un courrier important. Il s’est mis à tomber des trombes d’eau à mi-chemin et je n’arrivais plus à avancer ni à rentrer chez moi. J’étais à 80m de la Police Municipale de Lagny-sur- Marne. Une jeune femme est allée les prévenir que j’avais besoin d’aide et elle est revenue me voir en me disant qu’ils envoyaient une patrouille. La camionnette de la Police Municipale est passée devant moi SANS s’arrêter… et rien… j’ai poussé avec mes pieds mon fauteuil en marche arrière (dans l’autre sens ça n’avançait pas) sur les 80m jusqu’au bureau de la Police Municipale. Là un escalier, la sonnette en haut de l’escalier bien sûr… j’ai secoué le portail pour faire du bruit, en vain… j’ai attendu sous les trombes d’eau de plus en plus gelée et épuisée… rien… j’ai appelé le 17 où on m’a répondu qu’ils allaient joindre la Police Municipale… j’ai attendu encore toujours sous les trombes d’eau… finalement une secrétaire est sortie sous un grand parapluie, sous lequel ELLE s’abritait soigneusement, pour me répondre que finalement, ils ne viendraient pas m’aider car ils n’étaient pas HABILITÉS à le faire ! J’étais sur le point de pleurer tellement je n’en pouvais plus, j’ai expliqué que mon fauteuil était pliant, léger, que je marchais un peu. « Ah non madame, nous ne sommes pas habilités à le faire et les pompiers ne peuvent pas intervenir car vous n’êtes pas blessée ! ». Elle ne m’a pas abrité par son parapluie, elle m’a juste dit que je n’avais qu’à appeler un taxi… Résultat, je suis partie toujours en tournant vers la gauche (panne) et en me tirant le long des poteaux, je me suis plantée au milieu de la route où j’ai fait du stop ! La quinzième voiture s’est arrêté, une adorable Tiphanie, elle, a chargé mon fauteuil plié avec un grand sourire et m’a ramené chez moi. Cette histoire était pénible, énervante, absurde, je me suis ensuite défoulée en dessin. Mais il arrive aussi des choses amusantes comme la fois où j’avais été porté à bout de bras par 4 jeunes hommes dans un canöé, on aurait dit la reine d’Angleterre !

Pensez-vous que les services numériques pouvant faciliter le quotidien des personnes en situation
de handicap sont utiles ?
Anne Sophie : je suis persuadée que la technologie est déjà là pour pouvoir nous aider, et s’adapter à toutes formes de handicaps. Après être restée en panne sous la pluie, comme cette histoire a fait le buzz sur les réseaux, des gens m’ont dit que j’aurais pu les appeler mais je ne les connaissais pas ! Si j’avais eu une appli facile à utiliser, j’aurais lancé un appel à l’aide rapidement au lieu de me mettre en danger au milieu de la route comme je l’ai fait. Et Doris s’intéresse en ce moment à une nouvelle canne connectée qui devrait l’aider beaucoup. Nous sommes persuadés que beaucoup de choses vont émerger dans les années à venir.

Doris : le téléphone (iphone) m’a changé la vie, c’est très facile à utiliser, face time et les ordinateurs, nous permettent d’être connectés au monde comme les autres.

Anne-Sophie : je rajouterai que je voudrais une appli pour les transports en communs sur Paris, pour savoir si je pourrais oser me lancer en bus dans Paris. Pour l’instant je ne me sens pas le courage de le faire ! Mais peut-être que cette appli existe et que je ne la connais pas :))

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